Le varroa n’est pas simplement un « problème » pour les apiculteurs : c’est l’un des parasites les plus dévastateurs de l’abeille domestique Apis mellifera. Pourtant, à l’origine, ce minuscule acarien n’était pas destiné à ravager les ruchers européens. Sa présence dans nos colonies est le résultat d’une histoire évolutive, géographique et humaine qui s’est déroulée sur plusieurs décennies.
Un parasite issu d’Asie
Le varroa provient du continent asiatique, où il vit depuis très longtemps en association naturelle avec l’abeille asiatique Apis cerana. Sur cette espèce, il n’est pas un fléau : Apis cerana a développé au fil du temps des comportements hygiéniques très efficaces et une résistance génétique lui permettant de contrôler naturellement le parasite.
C’est ce qu’on appelle une coévolution : parasite et hôte évoluent ensemble, jusqu’à trouver un équilibre.
Le basculement : la rencontre avec Apis mellifera
Le problème émerge au XXᵉ siècle avec l’introduction de colonies d’Apis mellifera en Asie, notamment pour améliorer la production de miel. Cette abeille européenne n’avait jamais rencontré Varroa… et n’avait donc aucune défense adaptée.
L’acarien passe alors de Apis cerana à Apis mellifera. Ce transfert d’hôte — qu’on appelle « spillover » — marque le début de l’expansion mondiale du parasite.
Expansion rapide à partir des années 1960–1980
Une fois installé sur Apis mellifera, varroa se propage à une vitesse fulgurante. Plusieurs facteurs expliquent cette diffusion :
- Transports internationaux de reines et de colonies, très courants à partir de l’après-guerre.
- Absence totale de résistance de nos abeilles européennes.
- Systèmes d’élevage intensifs qui facilitent la transmission entre ruchers.
La chronologie approximative de la propagation :
- 1950–1960 : découverte du parasite en Asie sur Apis mellifera
- 1970 : arrivée en URSS, puis au Moyen-Orient
- 1980 : Europe de l’Ouest, Amérique du Nord
- 1990 : Amérique du Sud, Afrique
- 2000–2020 : varroa est présent quasiment partout sauf en Australie (arrivée en 2022) et quelques îles isolées
Aujourd’hui, aucun pays apicole majeur n’est épargné.
Pourquoi Varroa est-il si dangereux pour nos colonies ?
L’origine asiatique du varroa explique une grande partie de sa virulence actuelle :
- Absence d’adaptation d’Apis mellifera, contrairement à Apis cerana.
- Capacité de reproduction élevée dans le couvain, en particulier de mâles et d’ouvrières.
- Affaiblissement direct des abeilles par ponction de leurs graisses corporelles.
- Transmission de virus, notamment le DWV (virus des ailes déformées), devenu beaucoup plus virulent depuis la présence du varroa.
Cette combinaison transforme un simple acarien en acteur central de la mortalité hivernale dans de nombreux ruchers européens.
Un parasite désormais installé durablement
Le varroa fait désormais partie du paysage apicole mondial. Le comprendre, c’est mieux lutter contre lui. Toutes les stratégies modernes — sublimation, dégouttement, biotechnie, monitoring — doivent s’appuyer sur cette réalité :
L’abeille européenne affronte un parasite auquel elle n’était pas destinée, et la maîtrise de ce déséquilibre passe par la technique et la sélection.
Conclusion
L’origine du varroa est une histoire d’équilibres rompus :
- équilibre naturel entre Apis cerana et son parasite,
- équilibre bouleversé par les échanges humains,
- équilibre toujours en construction dans nos ruchers occidentaux.
Jean-Prost, P. & Le Conte, Y. (2021).
Abeilles et apiculture. Chapitre complet de l’origine du varroa dans ce livre.